BSV n°159 (1985/3)

Lettre ouverte aux lecteurs du BSV

Je suis le LCL Zéphyrin PADEPOT. Pour les plus jeunes, le héros des bandes dessinées du BSV des années 60.

Le temps passe... Je sévis maintenant en État-major, c’était une façon de me mettre hors d’état de nuire. Je ne partirai pas, tel Candide, cultiver mon jardin, à l’ombre de mes souvenirs, sans me manifester une dernière fois.
Le BSV est la seule revue à laquelle je suis resté abonné trente ans. Il est vrai que son prix est resté raisonnable et que je l’ai toujours reçu sans difficultés malgré les multiples changements d’adresse liés à ma condition de militaire.
J’y suis attaché... Pour preuve, ma longévité. Néanmoins, vieillissant, il m’a bientôt fallu des lunettes pour le lire attentivement, je me surprends même à m’assoupir sur certains articles et ainsi je n’arrive pas au terme de ma lecture. Vous me direz, ce n’est pas trop grave. Je ne vole plus (compte tenu de mes antécédents) qu’en place arrière sur Morane Saulnier “Paris” !... Je m’inquiète par contre à votre sujet. Car vous, même sans lunettes, si vous éprouvez quelques lassitudes à lire BSV : Je dis Danger!

Que manque-t-il dans ce BSV ?
Parmi nos auteurs, Victor DUBOULEVARD que je connais bien, riche de son expérience, a beaucoup de verve. Nos médecins se font un plaisir de vous ausculter de fond en comble.
Par contre : le pilote DUZEFF, le contrôleur ECHOFIX, le mécanicien LAGOUPILLE : ABSENTS, et c’est eux seuls qui pourraient redonner la vie à cet ouvrage.

Que faire ?
Un responsable du BSV disait que la plus grande difficulté rencontrée par les responsables de la rédaction était de recueillir la matière à placer entre les pages de la couverture (BSV n° 44). C’est toujours vrai.
Comme on sait depuis longtemps (j’étais un précurseur) que rien ne vaut “l’aventure vécue” en matière de prévention (l’expérience de chacun au service de tous), le BSV capture parfois le malheureux qui est revenu sans sa monture... Et il raconte... le bienheureux.
Mais vous, suite à une grosse erreur, vous êtes rentré un jour avec votre avion, simplement parce que celui-ci s’était pris d’amitié pour vous et parce qu’i lne voulait pas que vous finissiez la mission à pied.
L’erreur que vous venez de commettre est comparable à certains virus. Vous avez eu le frisson une fois et vous êtes immunisé. Mieux, il suffit de raconter aux autres pour les vacciner eux-mêmes.
D’autre part vous avez mis dix ans pour comprendre quelque chose de telle­ment évident (maintenant que vous l’avez découvert) qu’il serait ridicule et humiliant pour vous d’en faire part aux autres !... Alors, si vous donniez un peu ! On a besoin de sincérité, d’imagination et de matière.

Enfin sur le terrain aride de la SV, il faut aussi parfois arroser d’humour pour faire passer le message :
- bandes dessinées,
- meilleures pages de vos cahiers de marche (anonymes et traitant de SV bien sûr),
- articles n’ayant de sérieux que le sujet,
- glossaires aéronautiques de votre jargon imagé
- toutes originalités propres à réveiller et à relancer l’attrait de la lecture. 

Rien de trop. A quel prix ? Une parcelle de loisirs, c’est une cotisation.
Puisse le rédacteur du BSV être d’accord et publier ma lettre.

Cdt Henri GUYOT