Air Actualités n° 457 novembre décembre 1992 (Lcl Henri Guyot) (voir aussi plaqette 1e EC)

La 1ère Escadre de Chasse

Il serait difficile de retracer l'historique et les traditions de la 1ère escadre de chasse de Saint-Dizier, mise sur pied le 1er avril 1952 à Reims et dissoute le 28 février 1966, sans considérer tout d'abord les périodes d'existence antérieures de cette grande unité.

En effet, la 1ère escadre de chasse est formée au Bourget le 1er juillet 1932, par décret portant sur l'organisation de l'Armée de l'Air naissante. Elle réunit à l'époque le groupe de chasse GC I/1 composé des escadrilles SPA 31 et SPA 48, et le GC II/1 composé des SPA 94 et SPA 62. Quittant Le Bourget, elle stationne à Villacoublay à partir de décembre 1934 avant de s'installer à Etampes le 29 octobre 1936.

Equipée successivement de Nieuport 62, Dewoitine 500 et 501, puis D 510, comme toutes les escadres du moment, la 1ère Escadre sera disoute le 15 avril 1939, laissant ainsi ses deux groupes autonomes. A la déclaration de guerre, le GC I/1 se déploie à Chantilly et le GC II/1 à Buc avec la mission commune de défendre Paris. Le 13 novembre 1939, le GC III/1, succédant au 5ème GAA (Groupe Autonome d'Afrique) de Sidi Ahmed, est créé sur MS 406.

Après l'armistice de juin 1940, le GC I/1 est dissous à Lyon sur MB 152 en novembre 1942 avec un palmarès de 29 victoires aériennes, le GC II/1, à Montélimar, sur D 520, le 28 novembre 1942 avec également 29 victoires et le GC III/1, enfin, à Valence, le 24 juillet 1940, avec 34 victoires.

Le 1er novembre 1943, équipée de Spitfire, l'escadre de chasse n°1, composée du GC I/3 Corse (SPA 88, SPA 69), du GC I/7 Provence (SPA 15, SPA 77) et du GC II/7 Nice (SPA 73, SPA 78), qui prendra ultérieurement l'appellation de 1ère escadrille de chasse, est créée en AFN.

Après la libération de la Corse et la campagne d'Italie, elle va atterrir à Hyères en 1944 sur les talons de la 1ère Armée et combattra jusqu'à la victoire finale. Fin octobre 1945, la 1ère escadre de chasse éclate, les GC I/7 et II/7 partent pour l'Indochine, le GC I/3 rejoint Dijon pour y être transformé sur Mosquito FB VI. Totalisant 1 695 heures de gurre en 1 358 missions, les Spitfire Mark VIII de la 1ère Escadre s'illustrent avec panache sur ce théâtre d'opérations d'Extrême-Orient.

La 1ère escadre de chasse revient à Friedrichshafen en octobre 1946 et gagne Oran en Algérie en avril 1947. Dotés de Spitfire Mk IX, les groupes Provence et Nice sont numérotés à présent GC I/1 et GC II/1. En 1950, le III/6 Roussillon puis le I/9 Limousin sont temporairement incorporés à l'escadre et celle-ci fait mouvement à Sidi Ahmed en Tunisie en fin d'année. Elle sera dissoute en septembre 1951.

La 1ère escadre de chasse est recréée le 1er avril 1952 sur la base de Reims; le groupe de chasse I/6 Corse composé des escadrilles SPA 88 et SPA 69 rentrant d'un récent tour d'opérations en Extrême-Orient, devient son premier escadron et constitue le noyau de départ pour donner naissance, en août 1952, à l'EC 2/1 Morvan qui reprend, avec les escadrilles SPA 94 et SPA 62, les traditions du GC II/1 créé à l'origine en juillet 1932.

L'escadre est équipée de F-84G Thunderjet. Après un séjour de quelques mois à Lahr, la 1ère escadre de chasse gagne le terrain de stationnement de Saint-Dizier et s'accroît le 1er février 1953 d'un troisième escadron, l'EC 3/1 Argonne, qui reprend, avec les escadrilles SPA 31 et SPA 48, les tradition du GC I/1 créé en 1932.

Dotée au début de l'année 1956 de F-84F Thunderstreak, la 1ère escadre de chasse est directement engagée, en novembre, dans les opérations liées à l'affaire du Canal de Suez, au cours desquelles elle effectue 120 heures 45 de vol de guerre en 101 missions. En particulier, au cours de cette campagne, un dispositif de douze F-84F de la "une" attaque le terrain de Langsor détruisant la quasi-totalité des avions égyptiens y stationnant, alors que le Bomber Command y avait déjà mené deux raids totalement infructeux.

Au début de l'année 1956, la 1ère escadre de chasse parraine également l'Escadrille d'Aviation Légère d'Appui EALA 2/71. Dotée de SIPA, cette escadrille se forme à Salon de Provence. En Mars 1956, elle rejoint Oujda au Maroc.

Durant l'été 1957, elle touche des T6G, devient l'EALA 20/72 et s'installe à Thiersville en Oranie. Au début de l'année 1957, toujours parrainée par la 1ère escadre de chasse, est créée, sur T6, l'EALA 14/72 sur le terrain de Tlemcen-Zénata. La 14/72 et la 20/72 (regroupées au sein de l'Escadron d'Aviation Légère d'Appui EALA 3/1, le 1er décembre 2959) font partie du Groupement d'Aviation Légère d'Appui GALA n°2 d'Oran. Fin 1957, l'EC 3/1 Argonne est dissous sur le terrain de Saint-Dizier. La 1ère escadre de chasse passe ainsi de trois à deux escadrons et sa dotation en F-84F est ramenée de 75 à 48 appareils.

Le 28 février 1966, soit neuf ans plus tard, elle est elle-même définitivement dissoute sur ce même terrain de Saint-Dizier. Depuis sa création le 1er avril 1952, elle a totalisé 152 000 heures de vol sur réacteur dont 53 535 sur F-84G Thunderjet et 98 965 sur F-84F Thunderstreak, auxquelles il faut rajouter 61 500 heures sur T6G. Le drapeau de la 1ère escadre de chasse a été confié, le 30 octobre 1968, à la base aérienne 944 Commandant Monraisse de Narbonne.

A la tête de l'escadre, le commandandant Monraisse trouva la mort, le 8 octobr(e 1944, à Haslach en forêt.

Liste des commandants la 1e EC


EC 1/1 Corse



L'escadron de chasse 1/1 Corse reprend les traditions des escadrilles SPA 88 et SPA 69 de la Grande Guerre.

La SPA 88 est formée en mai 1917 sur Nieuport avant de percevoir des Spad VII. Elle appartient au groupe de combat n°13, élément de l'escadre n°1 de la "division aérienne".

La SPA 69 est créée en 1915 sur Morane Saulnier et perçoit des Nieuport en 1916 avant de recevoir des Spad VII en 1917. Intégrée, en 1918, au GC n°17, elle terminera la guerre sur Spad XIII.

Le 1er janvier 1920, les traditions des SPA 69 et 88 sont reprises respectivement par les 4ème et 5ème escadrilles du 3ème Régiment de Chasse (3ème RAC) de Châteauroux.

En septembre 1933, elles constituent le groupe de chasse GC I/3 jusqu'à sa dissolution, le 30 novembre 1941 à Oran. Durant la Seconde Guerre Mondiale, les SPA 88 et 69 renaissent au sein du GC I/3 Corse, le 1er janvier 1943. Ce groupe, appartenant à la 1ère Escadre du 1er novembre 1943 à fin octobre 1945, puis à la 6ème Escadre, deviendra GC I/6 Corse le 1er juillet 1947. L'EC 1/1 Corse est créé le 1er avril 1952, servant de noyau à la naissance de la 1ère escadre de chasse. Il est dissous le 28 février 1966 à Saint-Dizier.

Depuis le 1er avril 1966, les traditions et les fanions des SPA 88 et 69 appartiennent à l'EC 3/11 Corse à Toul qui évolue sur Jaguar.


EC 2/1 Morvan

L'escadron de chasse 2/1 Morvan perpétue les traditions des escadrilles SPA 94 La Mort qui fauche et SPA 62 Coq de combat de la Grande Guerre.

Créée le 1er juin 1917 à Melette, près de Chalons sur Marne, la N94 échange ses Nieuport contre des SPAD en février 1918. Dans le cadre de la division aérienne et de celui de l'Escadre n°1 du Groupement Ménard, la SPA 94 s'intègre au sein du groupe de combat n°18.

Quant à la SPA 62 et sa devise "Unguibus et Rostro", elle fut l'escadrille la plus décorée de France à la fin de la guerre en 1918.

Le 1er janvier 1920, les SPA 94 et 62 constituent respectivement les 6ème et 9ème escadrilles du 1er RAC de Thionville. La SPA 94 devient, le 1er juin 1924, 7ème escadrille du 34ème RAM du Bourget et la SPA 62, 7ème escadrille du 38ème RAM de Thionville. Le 1er juillet 1932, ces deux escadrilles forment le GC II/1 qui effectuera la bataille de France sur MB 152 avant d'être dissoutes sur D520 à Montélimar, le 28 novembre 1942.

Après la Deuxième Guerre Mondiale, d'octobre 1949 au 1er octobre 1950, la SPA 94 se retrouve associée à la SPA 31 au sein de l'EC 3/2 Côte d'Or, tandis que les SPA 62 et 48 se réunissent, chacune avec son fier volatile, sous la bannière de l'EC 4/2 Coq Gaulois.

Du 1er avril 1952 au 28 février 1966, en toute logique, les SPA 94 et 62 reprennent leur destin commun au sein de l'EC 2/1 Morvan qui s'identifie ainsi parfaitement au GC II/1 de 1932 (par respect des traditions et logique de numérotation).

La SPA 62 renaîtra en avril 1981 en tant que 3ème escadrille de l'EC 3/5 Comtat-Venaissin, pour assurer la transformation des pilotes sur Mirage F1 jusqu'en juillet 1988, date à laquelle son fanion sera confié à l'EC 3/30 Lorraine pour la même mission.

La SPA 94 retrouvera l'EC 2/2 Côte d'Or, en septembre 1972, en constituant sa 3ème escadrille pour assurer la transformation des pilotes sur Mirage III jusqu'au 26 juin 1986, puis maintenant sur Mirage 2000.


EC 3/1 Argonne

L'escadron de chasse 3/1 Argonne perpétue les traditions des escadrilles SPA 31 Archer Romain (devise Droit au but, créée le 24 septembre 1914 à Dijon) et SPA 48 Tête de coq (devise Chante et combat, créée le 19 Mars 1915).

 

Le 1er janvier 1920, ces deux escadrilles consitutent les 4ème et 5ème escadrilles du 1er RAC de Thionville, puis, à partir du 1er juin 1924, les 5ème et 6ème escadrilles du 34ème RAM du Bourget. Le 1er juillet 1932, elles forment le GC I/1 qui s'illustrera durant la bataille de France sur MB 152 avant que celui-ci ne soit dissous à Montélimar le 28 novembre 1942.

D'octobre 1949 au 1er octobre 1950, les SPA 31 et 48 sont respectivement les 1ères escadrilles des EC 3/2 Côte d'Or et 4/2 Coq Gaulois. L'EC 3/1 Argonne, créé le 1er février 1953 au sein de la 1ère escadre de chasse, reprend logiquement les traditions du GC I/1 de juillet 1932 et donc celles des SPA 31 et 48. Il sera dissous le 1er novembre 1957.

Les SPA 31 et 48 appartiennent aujourd'hui, et ce, depuis le 11 octobre 1974, à l'EC 2/7 Argonne qui évolue sur Jaguar E pour la transformation des pilotes sur ce type d'appareil.

Chronologie depuis sa création le 1er juillet 1932

Implantations successives de la 2ème escadre de chasse

1ère période (GC I/1 et II/1)

 

Le Bourget

du 1er décembre 1932 à décembre 1934

Villacoublay

de décembre 1934 au 29 octobre 1936

Etampes

du 29 octobre 1936 au 15 avril 1939

2ème période (GC I/3, I/7 et II/7)

 

AFN, libération de la Corse, campagne d'Italie

du 1er novembre 1943 au 15 août 1944

Campagnes de France et d'Allemagne

du 15 août 1944 à juillet 1945

Campagne d'Indochine (GC I/7 et II/7)

d'octobre 1945 à octobre 1946

Friedrichshafen

d'octobre 1946 à avril 1947

Oran-La Sénia (GC I/1 et II/1)

d'avril 1947 à fin 1950

Bizerte-Sidi Ahmed

de fin 1950 à 1951

3ème période (EC 1/1; 2/1 et 3/1)

 

Reims puis Lahr

du 1er avril 1952 au 1er février 1953

Saint-Dizier

du 1er février 1953 au 28 février 1966


Avions successivement utilisés à la 1ère escadre de chasse

Nieuport 62

du 1er juillet 1932 à juillet 1936

Dewoitine 500 et 510

de 1936 à 1939

Dewoitine 510

de 1937 au 15 avril 1939 (dissolution)

Spitfire

du 1er novembre 1943 à 1951

F-84G Thunderjet

du 1er avril 1952 à 1956

F-84F Thunderstreak

de 1956 au 28 février 1966


Appellations successives des escadrons de la 1ère escadre de chasse

EC 1/1 Corse

 

GC I/3

de septembre 1933 au 30 novembre 1941

GC I/3 Corse

du 1er janvier 1943 au 1er juillet 1947

GC I/6 Corse

du 1er juillet 1947 au 1er avril 1952

EC 1/1 Corse

du 1er avril 1952 au 28 février 1966

EC 3/11 Corse

depuis le 1er avril 1966

EC 2/1 Morvan

 

GC II/1

du 1er juillet 1932 au 28 novembre 1942

EC 2/1 Morvan

du 1er avril 1952 au 28 février 1966

EC 3/1 Argonne

 

GC I/1

du 1er juillet 1932 au 28 novembre 1942

EC 3/1 Argonne

du 1er février 1953 au 1er novembre 1957

EC 2/7 Argonne

depuis le 11 octobre 1974


Escadrons ayant appartenu à la 1ère escadre de chasse

GC I/7 Provence

du 1er novembre 1943 au 1er juillet 1947

GC I/1 Provence

du 1er juillet 1947 à 1951

GC II/7 Nice

du 1er novembre 1943 au 1er juillet 1947

GC II/1 Nice

du 1er juillet 1947 à 1951

GC III/6 Roussillon

temporairement en 1950

GC I/9 Limousin

temporairement en 1950