GC III/6 - EC 1/11 Roussillon


Liminaire

Ces quelques pages sont dédiées aux anciens du G.C. III/6 "Roussillon", lequel donna naissance à l'Escadron de Chasse 1/11. Cet ouvrage ne prétend pas conter tous les hauts faits du "Roussillon", il est destiné à faire connaître, au travers d'évènements douloureux ou glorieux, ce que fut la vie de l'unité.

Créé en août 1952, l'Escadron 1/11 "Roussillon" forme le noyau de la 11ème Escadre de Chasse, affectée au 1er Commandement Aérien Tactique. Le 1er C.A.TAC, Grande Unité Aérienne intégrée dans le dispositif de l'O.T.A.N., fait partie de la 4ème Force Aérienne Tactique Alliée (plus connue sous son sigle de 4ème A.T.A.F.) et qui est elle même l'épine dorsale des Forces Aériennes Alliées de Centre Europe.

La mission de la 11ème Escadre est traditionnellement celle des Groupes de Chasse : appui tactique des forces de surface et défense aérienne.

Le 1/11 "Roussillon" est moins riche en traditions peut être que d'autres escadrons. Mais il compense cette relative jeunesse par la volonté de se classer parmi les meilleurs et il reste fidèle, en cela, à l'idéal légué par les anciens. Confiant en son avenir, le 1/11 veut rester digne de son passé, vers lequel il se penche pour y puiser non des leçons, mais un viatique.


Des erreurs ont pu se glisser dans cet ouvrage. Des omissions ont également pu être faites. Nous vous prions de bien vouloir nous en excuser et nous les faire connaître.

S.P. 69,680/A 


La Guerre 1939-1945

La fondation du Groupe de Chasse III/6

Le 1 er mai 1939, le Groupe de Chasse III/6 est créé à Chartres et constitue avec le G.C. II/6 la portion centrale de la 6ème Escadre, alors que le I/6 est parti former avec le I/7  l'Escadre de marche des Morane 406 d'AFN''. Le III/6 est confié au Cne de Place, secondé par le Cne Chainat, as de guerre 14-18, ancien de la SPA 3, et titulaire de neuf victoires. La 5ème Escadrille est commandée par le Ltt Jacobi, la 6ème par le Ltt Guerrier.

Dès le début du mois de mai, le groupe reçoit sa dotation en pilotes et en avions : vingt et un pilotes et vingt six Morane 406 neufs. Avant de prétendre pouvoir "toucher" à l'avion d'armes, les jeunes pilotes font leur instruction sur Loire 46, alors que les anciens, eux, se sont déjà familiarisés avec l'hélice à pas variable et les volets d'intrados sur Simoun.

Après une période de rodage et d'entraînement, le groupe rejoint le 27 août 1939 la base de Villacoublay, où, à partir du 1er septembre il assurera ses premières alertes, (deux patrouilles simples par escadrille).



 


La campagne 1939-1940

Le 4 septembre, le groupe reçoit l'ordre de gagner le terrain de Betz-Bouillancy dans le Nord-Est de la région parisienne, où il commence la guerre, inclus dans le dispositif de DAT de la capitale, le groupement 21. Missions de couverture à priori, de Paris et de la Basse Seine, mais aussi missions de formation et d'entraînement des nouveaux pilotes, sont le lot quotidien du Groupe.

En Octobre survient la 1ère alerte générale, avec la concentration des forces allemandes le long des frontières de Belgique, Luxembourg et Allemagne.

En novembre, nouvelle alerte avec l'apparition des avions de reconnaissance Dornier 17 et 215 sur l'Ile de France. La mission confiée au III/6 est toujours la couverture à priori mais son domaine d'action s'étend jusqu'à la frontière belge; en outre les missions se font désormais à très haute altitude. Cependant durant la 1ère quinzaine de novembre l'activité est très réduite, et le 15 novembre, le groupe fait mouvement sur Wez Thuizy , au sud de Reims où il est intégré au groupement 23. Le lourd régime d'alerte de Bouillancy est maintenu et la mission générale du groupe reste la couverture de la région. C'est pendant cette période que le groupe enregistre sa première victoire, un Dornier 17, abattu par le S/C Le Gloan et le Ltt Martin. Mais ce succès est suivi d'une accalmie, qui permet aux pilotes de choisir après de nombreuses discussions, leurs insignes d'escadrille. La 5ème Escadrille adopte le masque grimaçant, la 6ème le masque souriant : "Tragedia et Comedia". A la même époque trois pilotes polonais arrivent au Groupe et sont affectés à la 5ème Escadrille où ils vont former une patrouille portant les couleurs de leur pays. Polonais et Français fraternellement unis vont subir les rigueurs de l'hiver champenois contre lesquelles ils n'ont, pour se protéger, que des installations très vétustes.

Les sorties, en cette triste saison sont rares. Heureusement, le retour du printemps occasionne un regain d'activité aérienne et de nouvelles victoires viennent récompenser les efforts du Groupe. Toutes les missions ne sont pourtant pas payantes : certaines sont même déclenchées par le zèle intempestif des postes de guet ! Mais ce n'est pas cela qui pourrait entamer le moral de nos pilotes.

Par contre les performances des Morane, dépassés même par certains bombardiers ennemis, l'insuffisance de leur armement qui a une fâcheuse tendance à ne plus fonctionner aux nouvelles altitudes de travail (entre 7 et 9 000 mètres) où l'adversaire évolue aisément, font cruellement ressentir au personnel l'infériorité du matériel; et chacun songe avec envie à l'appareil aux performances équivalentes à celles du Messerschmidt qui permettrait de remplir la mission avec plus d'efficacité.

 Le 29 avril au soir, le Groupe reçoit l'ordre de faire mouvement sur le terrain de Chissey près de Dôle, où il est rattaché au groupement 24. La mission principale assignée au III/6 est la défense aérienne de la région de Dijon. En outre, les effectifs non utilisés pour cette mission travaillent au profit de la VIIIème Armée : destruction générale, protection des avions de renseignements dans la zone de la VIIIème Armée, recueil des avions de reconnaissance du GR I/55.



 


La Bataille de France

Dès le début de la Bataille de France, le groupe s'illustre par de nouvelles victoires, mais hélas subit aussi des pertes douloureuses. Au cours des trois semaines du séjour à Chissey de nombreux engagements contre des raids de Heinkel 111 et de Dornier 17 sont à signaler. Les pilotes peuvent enfin se livrer aux joies de la vraie chasse tant attendue, et homologuent neuf nouvelles victoires entre le 10 et le 20 Mai.

Le 12 mai, deux officiers pilotes rejoignent le groupe : le S/Lt Satge et le Cne Stehlin qui est nommé adjoint du Commandant et qui, plus tard, commandera lui-même le groupe pendant une période longue et mouvementée.

Le 20 Mai, après une victoire du S/Lt Kawnik, le groupe déménage et rejoint le terrain de Coulommiers. Cette période est certainement la plus dure de la campagne 39-40 pour le III/6, qui est de nouveau rattaché au groupement de chasse 23. En effet pendant cette période, nos armées connaissent sur le front des défaites sans précédent et notre dispositif se retrouve le 20 Mai, séparé en deux énormes tronçons : l'aile gauche et le centre, cependant que l'ennemi s'engouffre dans la brèche de quatre vingt kilomètres créée entre les deux parties de notre dispositif et fonce vers l'Ouest, vers la côte de la Manche et de la Mer du Nord. Le Commandement franco-anglais s'efforce de constituer, à la gauche de la IIème Armée, sur les rives de L'Aisne, une VIème Armée dont la mission primitive était de couvrir la frontière franco-suisse. A gauche de la VIème Armée, aux abords de la Somme, les premiers éléments d'une nouvelle VIIème Armée commencent à s'établir. Tous les efforts vont tendre à rétablir la jonction entre le groupe d'armée du Nord encerclé et la VIIème Armée, sur l'axe général Cambrai-Peronne. Les forces aériennes de la zone Nord sont employées à fond pour appuyer cette tentative.

• Les deux missions essentielles du Groupement 23 pendant cette période sont, d'une part de couvrir les opérations de l'aile droite de la 1ère Armée et d'autre part, d'appuyer les débarquements de la VIIème Armée et la mise en place de cette grande unité sur le nouveau front. La Chasse est tenue, en outre, sous peine de destruction rapide au sol, de protéger ses terrains exposés en permanence aux attaques des bombardiers et des chasseurs lourds opérant en importants dispositifs. Les missions du groupe sont organisées en conséquence et les dispositifs constitués comprennent en général trois patrouilles triples échelonnées en altitude.

Dès le 21 le III/6 s'engage dans la bataille par une mission de couverture d'une contre-attaque de nos troupes, au cours de laquelle, pour la 1ère fois, les pilotes prennent contact avec la redoutable "Flack" ennemie et avec les Messerschmidt 109 et 110 qui montrent leur nette supériorité. Cette mission coûtera au groupe 3 pilotes et des pertes en matériel. Les jours suivants, des missions analogues sont effectuées et les résultats sont sensiblement les mêmes. La mission du 24 mai sera particulièrement dure, un gigantesque combat tournoyant met aux prises notre patrouille triple intégrée dans un dispositif de 27 avions, une vingtaine de bombardiers allemands DO 215 et de nombreuses patrouilles d'accompagnement constituées de ME 109 et 110. Après le combat, les rescapés du Groupe rentrent tant bien que mal au terrain, et comptent les pertes.

Le Cdt Castanier, commandant du Groupe n'est plus, tandis que le sous Ltt Collonges, abattu et blessé a été fait prisonnier. Le Commandement du Groupe est alors confié au Cne Stehlin et la dernière semaine du séjour à Coulommiers sera une très dure épreuve pour le "Roussillon". Le 26 mai, le terrain est bombardé par un peloton de 30 Heinkel 111, qui détruisent ou endommagent pratiquement tous nos pauvres 406.

Finalement, le 31 Mai, le Groupe fait mouvement vers le terrain du Luc dans le Midi de la France pour y être transformé sur Dewoitine 520 et rattaché à l'Armée des Alpes. Affecté au groupement de chasse 24, placé sous les ordres du Colonel de Turenne, le III/6 fait partie du sous-groupement n°3 de le zone Sud, et sa mission au sein de cette unité est initialement la défense aérienne de la Basse Vallée du Rhône et de la Provence (particulièrement couverture de Marseille et Toulon) et éventuellement la participation aux missions de chasse d'armée en cas de conflit contre l'Italie. Cette éventualité ne tardera pas à devenir réalité. Cependant avant l'entrée en guerre de l'Italie, la Luftwaffe lance des opérations de bombardement à long rayon d'action visant les régions de Lyon, Saint-Etienne et Roanne ainsi que des points sensibles de la Vallée du Rhône et du littoral méditerranéen. En conséquence le III/6 reçoit l'ordre d'utiliser le terrain de Valence. comme terrain de déploiement; chaque jour, deux patrouilles simples vont s'y mettre en place. A partir du 7 Juin, commence la transformation sur Dewoitine 520 et après un stage à Toulouse, le 10 Juin les anciens du groupe convoient les 4 premiers avions au Luc. Les jours suivants voient arriver d'autres Dewoitine et le 16, la nouvelle écurie compte 27 avions. Ainsi équipé, le III/6 apprend la déclaration de guerre de l'Italie le 11 Juin avec un moral à toute épreuve.

Dés le 12 Juin des pelotons de bombardiers ennemis BR 20 apparaissent sur les côtes françaises, escortés par des CR 42. La "Tragédie" et la "Comédie" vont briller au cours des combats opposant les Dewoitine aux avions italiens. Le 15 Juin, 5 victoires, dans la même mission et en moins d'une demie heure, sont homologuées à l'Adjudant Le Gloan, qui se classe ainsi parmi les grands "as". Deux jours plus tard le 17, le Groupe apprend avec stupeur l'intention du gouvernement français de demander l'armistice, et reçoit l'ordre de rejoindre Perpignan La Salanque en vue d'un prochain passage en Afrique du Nord. Après avoir passé 48 heures en compagnie d'autres groupes de Chasse sur le terrain de La Salanque, les Dewoitine du III/6 se posent à Alger-Maison-Blanche alors que l'armistice vient d'être signé.



 


La période d'Armistice

Comme la plupart des formations aériennes du moment, le III/6 entre avec l'armistice, dans une période de quasi léthargie. En effet après avoir été détaché pendant une quinzaine de jours à Constantine, il rentre le 11 juillet 1940 à Alger où il va être partiellement démembré. Tout le personnel réserviste est démobilisé, ainsi qu'un certain nombre d'officiers et de sous officiers de carrière atteints par la loi sur l'abaissement des limites d'âge. D'autre part, de nombreuses mutations sont prononcées. C'est ainsi que le 3 septembre, le Cne Stehlin, commandant du Groupe est promu commandant et affecté à l'état-major de l'Amiral Darlan ; il est remplacé à la tête du groupe par le Cne de Rivals. D'autre part les commissions d'armistice sévissent dans nos unités et l'activité aérienne, tour à tour interdite, puis autorisée, est finalement limitée à quatre heures de vol par pilote et par mois. La conséquence directe est un abaissement considérable du moral du personnel et de l'entraînement des pilotes.

Le 9 août 1940, le III/6 est affecté au groupement de Chasse 26 et après avoir effectué un séjour de trois mois à Casablanca pendant lequel les pilotes peuvent reprendre lentement leur entraînement, le Groupe rejoint Alger. Il y termine une année qui aura lourdement et tragiquement marqué l'histoire de notre Patrie.
 


Campagne de Syrie-Liban

Au mois de mai 1941, le Groupe est désigné pour un éventuel renforcement des Forces Aériennes de Syrie, puis les préparatifs terminés, le 24 mai, les 26 Dewoitine accompagnés de 6 avions de transport, font route vers Rayack sous les ordres du Cdt Geille, nouveau commandant du Groupe.

Dès son arrivée, le III/6 y effectue quelques missions de DAT et de reconnaissance, puis à partir du 8 Juin, date du début des opérations, il opère contre les Forces Anglaises, basé à Rayack d'abord, puis à Alep, il effectue des mitraillages de colonnes adverses, ainsi que des reconnaissances et des escortes.

Le 8 juillet, le Groupe part à Athènes, pour y renouveler le matériel mais rejoint Alger, le 15 juillet, l'armistice avec l'Angleterre ayant été signé.


Alger de juillet 1941 à août 1943


Au retour de la campagne de Syrie; le matériel révisé, la vie normale reprend au groupe. Le 1er janvier 1942, le Cdt Destaillac en prend le commandement et le III/6 est affecté à la défense Aérienne d'Alger.

Le 8 novembre 1942, les Anglo-américains débarquent près d'Alger, le brouillard couvrant le terrain, aucun avion ne décolle. A 7 Heures la base est occupée. Le groupe va être réorganisé et reprendre, aux côtés des Alliés la lutte contre l'Allemagne, un moment interrompue.

Le GC III/6 s'installe à Oued-Smar puis à Ain-Sefra en janvier 1943. Des pilotes et des spécialistes partent dans les écoles américaines pour faire connaissance avec le nouveau matériel que tous espèrent bientôt utiliser.

Les premiers Airacobra P 39 sont reçus, le 13 mai1943 et après un entraînement bref mais intensif le GC III/6 effectue sa première mission de "Coastal-Command" à partir du terrain de Lapasset près de Mostaganem.

Le Groupe de Chasse III/6 fait désormais parti de l'aviation côtière de l'Afrique du Nord.


 


Le "Coastal Command" du 4 août 1943 au 30 août 1944


Les pilotes et le personnel du Groupe ont enfin la satisfaction de participer de nouveau aux opérations contre l'Axe.

Pourtant le "Coastal" travail fatigant et monotone de protection de convois, se révèle bien différent de la Chasse dont rêvent les pilotes.

- Attente dans les avions, en position d'alerte, quelque soit la chaleur, pour un décollage au devant de l'ennemi sur avis des postes de détection - sweeps dans un ciel désespérément vide de ME 109, recherches d'équipages tombés en mer, tel est le lot ingrat mais essentiel sans doute, des unités du "Coastal Command". Pourtant cette tâche décevante entre toutes pour un chasseur, n'est pas sans péril. Le pilote reste à la merci d'une panne, entraînant quand tout se passe pour le mieux une baignade de quelques heures en pleine mer. Parfois, hélas, une fin tragique attend le pilote. C'est ainsi que va disparaître le Ltt Le Gloan, titulaire de 21 victoires, disparu le 11 septembre 1943, 26 ans jour pour jour après Guynemer.

Obligés de décoller quelque soit le temps, de rester dans la "crasse" à la recherche d'un convoi, d'évoluer entre nuages et mer, de rentrer vers un terrain parfois couvert d'ouate, souvent en pleine nuit, les pilotes subissent héroïquement ce régime exténuant auquel viennent s'ajouter les vols d'entrainement. Les mécaniciens ont leur large part de peine, car ils doivent fournir un très gros travail pour que toutes ces missions puissent être menées à bien. En outre les conditions de vie au sol sont très dures, ainsi des pluies torrentielles inondent le terrain et le transforment en mare de boue. Mais ces missions ont préparé le débarquement en Provence de la 1ère Armée Française, et le 30 août 1944, le Groupe déclaré non opérationnel, prépare à Bône son embarquement pour la France, sous la direction du commandement Clausse.


Campagne D'Italie


Le 30 septembre 1944, le Groupe quitte l'Afrique du Nord pour rejoindre enfin la terre de France, espoir suprême devenant réalité. Et puis, si on ne délaisse pas complètement le "Coastal", le "Tactical" va prendre la plus grosse part de l'activité aérienne, avec bombardement, straffing ... et qui sait, le Messer ou le Focke tant espéré?

D'abord basés à Salon, les P 39 abandonnent ce terrain impraticable l'hiver, pour celui du Vallon à 15 kilomètres plus à l'Ouest. De là partent toutes les missions pour l'Italie du Nord-Ouest jusqu'au Méridien de Tunis. Elles consistent en bombardement de ponts ou de casernements et straffing de véhicules. Un détachement de 2 avions est mis en place à Nice afin d'intervenir plus loin en cas de besoin.

Au cours du mois de janvier 1945, le Groupe échange ses P 39 contre des P 47. Ceux-ci survolent l'Italie du 1er Février au 16 mars, date à laquelle est ordonné le déploiement vers l'Allemagne.

Le Groupe, fit du très bon travail en Italie. Plusieurs télégrammes de félicitations du Général Tobin prouvent d'ailleurs les excellents résultats de nos missions. Et à son départ, le Général Commandant le MACAF envoyait le message ci-dessous :

"Au moment où vous quittez mon commandement, tous les Groupes se joignent à moi pour vous envoyer nos meilleurs souhaits pour vos succès futurs, votre bon travail a été fort admiré et nous regrettons de vous perdre. La réputation du Groupe III/6 demeurera toujours haut dans les annales de l'aviation côtière alliée de Méditerranée."

Malheureusement la campagne d'Italie avait coûté au Groupe, pilotes, dont le prestigieux commandant de la 2ème Escadrille, le Cne Demoulin abattu par la flack en bombardant le port de Gaiola, le 2 novembre 1944.
 


Campagne d'Allemagne

Le 28 mai 1945, le Groupe quitte le Vallon, pour venir à Luxeuil au côté de ses frères de la 3ème Escadre participer à la campagne d'Allemagne.

Dès le 31 mars, les missions commencèrent dans le secteur de la 1ère Armée Française, c'est à dire entre le Rhin, la frontière suisse, le méridien de l'extrémité Est du lac de Constance et le parallèle de Karlsruhe.

Le plus clair des missions se passe en bombardement et straffing sur les armées de l'ennemi (dépôts, batteries, gares, voies ferrées, casernements).

 


Le front de l'Atlantique

Du 13 au 20 avril le Groupe III/6 opère avec la 3ème Escadre dans le secteur de Royan et la pointe de Grave où le Général de Larminat lance ses troupes à l'assaut des poches allemandes.

Au vu des objectifs assignés (ouvrages fortifiés et batteries pouvant travailler en DCA), la mission parait singulièrement rébarbative.

En fait, à part le 14 et le 16 sur La Rochelle où un 88 tire avec une densité rappelant les plus beaux jours des missions sur Stuttgart, seules les mitrailleuses légères donnent parfois la réplique.

Mais plus qu'en Allemagne peut être, les bombardements sont meurtriers, et les fantassins avouent leur étonnement de pouvoir; après notre passage, prendre sans tirer un coup de feu les points d'appui défendus jusque là avec acharnement.

D'ailleurs le III/6 reçoit personnellement des félicitations pour certaines de ses missions :

- Le 15 avril, sur un point d'Appui à l'Est de Montalivet (leader Cdt Clausse)

- Le 16 avril, sur une batterie de la rive gauche de la Gironde avec straffing des abris (leader Ltt Gatard)

- Le 18 avril sur le fossé Antichar et les batteries de la Hutte (à l'Ouest du Verdon, leader Cdt Clausse)

"Action prépondérante et décisive de la 3ème Escadre et du III/6 au cours de cette journée du 18, en particulier au cours attaque 11 heures 30 à 12 heures sur fossé antichars et attaque sur batteries Ouest du Verdon Troupes allemandes entièrement démoralisées par notre puissance de feu."

"Manœuvre Médoc" réalisé grâce à vous".

Signé

Cdt Antzenberger.
 


La fin de la campagne d'Allemagne - La dissolution

Le 20 avril, le III/6 regagne la base de Luxeuil où il reprend les missions au profit de la 1ère Armée Française. Les premières sorties sont consacrées au bouclage de la "Foret Noire" pour interdire le débouché d'une division allemande qui tente d'échapper à l'encerclement. Puis ce sont de nombreuses reconnaissances armées au cours desquelles nos patrouilles passent au peigne fin tous les points sensibles du Sud-Ouest de l'Allemagne et, bien qu'assez fortement défendues par la Flack, rares sont les gares qui ne voient pas un P 47 au masque grimaçant eu souriant venir placer ses bombes "dans les bras" . A ce rythme, l'ennemi ne tient plus et le 8 Mai, les  principaux corps de bataille capitulent sans condition. C'est la fin. le 9 Mai 1945 deux "flights" de chaque escadrille prennent part au défilé aérien qui a lieu sur Paris et Strasbourg, à l'occasion de la fête de la victoire.

Le 10 mai, le Cdt Clausse qui commandait le Groupe depuis le 8 Mars 1944, et qui avait dirigé de nombreux dispositifs du III/6 "Roussillon" au combat est remplacé par le Cdt Nodet.

Le 1er octobre, le Groupe fait mouvement, avec la 3ème Escadre vers Trêves où il va mener, jusqu'au 1er avril 1946, une vie de garnison sans intérêt opérationnel.

Les avions arrivés à bout de souffle ne sont pas remplacés, l'activité aérienne est très réduite.

Le 21 mars, le personnel est informé officiellement que l'unité sera dissoute à la date du 1er avril 1946. 


Citation obtenue par le Groupe de Chasse III/6 à l'ordre de l'Armée aériennen° 941 du 17 juillet 1945

Groupe de Chasse caractérisé par son allant, sa valeur combative et l'audace de ses pilotes.

Entraîné par son chef le Cdt Clausse, n'a pas cessé depuis août 1943 de faire preuve de ses remarquables qualités sur les théâtres d'opérations de la Méditerranée, de l'Italie, de l'Allemagne et du front de l'Atlantique. Au cours de 2500 sorties de "Coastal" a abattu 6 avions ennemis. Engagé ensuite dans le "Tactical Command" s'est fait remarquer du Commandement Allié par la précision de ses bombardements et l'audace de ses mitraillages effectués au cours de 3260 sorties..

 

Ces citations comportent l'attribution de la croix de guerre 1939-1945 avec 2 palmes.

 


Citation obtenue par le Groupe de Chasse III/6 à l'ordre de l'Armée aérienne n°1252 du 16 octobre 1945

Magnifique groupe de Chasse ayant toujours combattu avec fougue et un entrain admirable. Avant le 10 mai1940 par la ténacité et l'adresse de ses pilotes a obtenu plusieurs victoires sur un ennemi souvent mieux armé.

Ensuite pendant les dures journées de la bataille de France grâce à l'énergie farouche de son personnel navigant, grâce aussi au travail acharné de ses mécaniciens a réussi à surclasser l'ennemi dans tous les combats qu'il a livrés.

En reprenant la lutte en Août 1943 a combattu avec une ardeur irrésistible, en Méditerranée d'abord protégeant efficacement les convois alliés, en Italie ensuite se faisant remarquer par l'audace et la précision de ses mitraillages et de ses bombardements en piqué, en Allemagne enfin appuyant au plus près nos troupes sur le chemin de la victoire.

A effectué au cours de cette guerre 5011 sorties en 10.491 heures de vol de guerre pendant lesquelles il a remporté 49 victoires dont 9 probables et il a largué 610 tonnes de bombes.

 


L'Indochine


Le Mardi 2 mai 1950, le Groupe de Chasse III/6 "Roussillon" est recréé officiellement à Sidi-Ahmed. Le Cdt Motte en prend le commandement et reçoit sous ses ordres des éléments des I/1, III/2, II/1 et des écoles. Le commandant en second est le Cne Salès alors que la 1ère Escadrille est confiée au Ltt de Boiville et la 2ème au Ltt Chanliau. Le Groupe reste à Sidi-Ahmed jusqu'au 18 juillet et profite de cette période pour mettre au point son organisation et parfaire l'entraînement des pilotes sur les six P 47 et quatre P 63 dont il dispose. Puis le III/6 embarque sur le "Pasteur" en direction de l'Indochine. Le samedi 5 août après un excellent voyage pendant lequel les pilotes du Groupe ont organisé un "Cheeze" digne de celui de Cassaigne (1) l'escadron débarque à Haiphong et vient s'installer sur le terrain d'Hanoi Gia Lam où il passera trois mois.

Premier contact avec les opérations d'Extrême-Orient; premières missions et premiers succès de l'escadron : bombardements particulièrement brillants, des straffings redoutables, de nombreuses missions d'appui en particulier dans la région de Dong-Khe sont effectués mais hélas le Groupe enregistre les premières pertes. La première semaine de novembre est employée au déménagement vers la base de Haiphong-Cat-Bi où le Groupe s'intègre au GATAC Nord. Le déménagement est d'ailleurs l'occasion pour certains pilotes de l'état-major du Groupe, d'effectuer une mission particulièrement brillante, puisque, à l'atterrissage à Haiphong, le Cne Salès, Commandant en second déclara "Nous avons straffé deux voitures, probablement blindées, sous un tunnel".

Les mois de novembre et décembre sont particulièrement chargés pour le III/6 qui effectue de très nombreuses missions d'appui et récolte de nombreux lauriers, en particulier le 22 novembre où, après avoir straffé deux villages, ceux-ci sont investis, sans aucun coup de feu, par les troupes amies et demandent leur ralliement. Les journées des 27 et 28 Décembre 1950 sont également brillantes pour le Groupe, qui reçoit le message suivant :


"OPS Chasse de Cat-Bi N° 361/CATAC Nord/13"
"Vous adresse remerciements très chaleureux pour magnifique appui de la Chasse pendant l'opération de Binh-Lien STOP - L'après midi du 27 et la journée du 28 STOP.
- Nous en sommes tirés grâce à vous. FIN
Copie conforme transmise à Monsieur le Commandant du G.C. III/6"

La fin de l'année 50 et le début de l'année 51, verront intervenir pour le III/6 des changements importants. En effet, pendant la fin de l'année, le nombre de P 63 avait été renforcé momentanément. Ensuite, en Mars 51, le Groupe effectue sa transformation sur BEARCAT F8 F afin d'être entièrement doté de ce nouveau matériel au courant du même mois. C'est également pendant cette période que le Lieutenant-Colonel Motte, quitte l'escadron en le confiant au Cne Salès, alors que le Cne Collin prend le commandement en second. A nouveau, le Groupe participe à d'importants combats au cours desquels il se distingue tout particulièrement :

- A Vinh-Yen en janvier 51 pour lequel le III/6 reçoit le télégramme suivant: "Message Officiel
Expéditeur : GATAC Nord
Destinataire : OPE Cat Bi
TEXTE - 10e BCCP transmet félicitations et remerciements à la Chasse et appui direct à la côte 210, le 16 après-midi. Le 210 a été prise et gardée grâce à vous. Fin
Le résultat est l'échec de la manœuvre de pénétration Viet-Min.

- A Mao-Ke en mars 1951, où un poste français est attaqué par des Viets descendant en rangs serrés du Dong-Trien. Les patrouilles du III/6 , grâce à une rapidité tout à fait remarquable de la "mécanique" et des armuriers se succèdent à cadence accélérée sur l'objectif et infligent de lourdes pertes aux assaillants. De notre côté un avion ramène trois trous de la DCA légère.

- En avril-mai 1951, à l'opération "Méduse", qualifiée de "battue gigantesque" et qui fut l'occasion de bombardements spectaculaires.

Les trois mois qui suivent sont relativement calmes et seulement marqués par la fête nationale du 14 Juillet, célébrée avec un faste tout particulier. On peut assister à un défilé de quarante Bearcat, à la grande satisfaction du Général de Lattre de Tassigny, haut commissaire, commandant en chef.

En octobre, les grandes opérations reprennent avec l'offensive viet de Nghia-Lo où la Brigade 312 est anéantie, grâce en partie à l'appui Aérien.

Puis ce sont les opérations : "Citron", "Mandarine", "Amande" où le Groupe prend une large parti. Le bilan est particulièrement brillant puisque plus de trois mille cinq cent hommes ont été mis hors de combat et quinze mille faits prisonniers.

Les derniers mois du séjour de l'escadron seront, sur le plan des opérations, relativement calmes, mais marqués cependant par quelques accidents qui eurent pour conséquence la perte de plusieurs pilotes. Finalement, tout le personnel voit arriver avec joie le Groupe chargé d'assurer la relève, le GC II/8 ; et les pilotes s'efforcent d'accoutumer rapidement leurs camarades aux particularités des opérations du Tonkin.

Enfin en février 51, le Groupe de Chasse III/6 "Roussillon" ayant fait l'objet de nombreuses citations, au cours de sa campagne d'Indochine, rejoint la France, où il va vivre ses dernières heures. Et c'est la dissolution, à l'issue de laquelle le personnel va goûter un repos mérité avant de constituer l'ossature du futur "Escadron de Chasse 1/11 "Roussillon".

 


Citation du Groupe de Chasse III/6 "Roussillon" - "Campagne d'Indochine 1950-1952" à l'ordre de l'Armée aérienne

"Groupe de Chasse qui, fidèle à ses traditions, s'est fait remarquer par son ardeur au combat et sa cohésion - sous les commandements successifs du Cdt Motte et du Cne Salès a effectué pendant la période du 4 août 1950 au 8 avril 1951 4012 heures de vol dont 3737 heures de vol de guerre en 2557 missions.

"A donné un bel exemple de courage en effectuant avec un matériel délicat et souvent fatigué malgré une DCA précises des missions remarquables d'efficacité.

"A eu 16 avions touchés par la DCA, 2 pilotes tués, 2 pilotes blessés.

" A obtenu des résultats particulièrement brillants au cours des opérations de Dong-Khe, Vieu Vinh Yen et Mao Khe qui lui ont valu de nombreux témoignages d'admiration et de gratitude des camarades de l'Armée de Terre.

 


Citation du Groupe de Chasse III/6 "Roussillon" - "Campagne d'Indochine 1950-1952" à l'ordre de l'Armée aérienne

"Groupe de Chasse qui a toujours fait preuve d'un allant magnifique et d'une ardeur au combat exemplaire. Au cours de son séjour au Tonkin a volé pendant plus de 8000 heures dont 7277 en vol de guerre.

"Sous le commandement du Cne Salès a effectué depuis sa dernière citation 4000 heures de vol dont 3540 de vol de guerre.

"A eu 9 avions touchés par la DCA et 4 pilotes tués.

"Toujours à la pointe du combat a participé avec des résultats remarquables aux batailles de Day, de Nghia Lo et de Hoa Binh au profit de laquelle en 2 mois il a effectué 222 missions.

"Par la précision de ses bombardements et de ses tirs a infligé de lourdes pertes à l'ennemi. Notamment le 9 mai1951, pour un tir à la roquette très difficile à réaliser a fait sauter le dépôt de munitions abrité dans la grotte de Chu Tien, tuant 150 hommes de la compagnie de garde.

" A reçu de nombreux témoignages de gratitude de l'Armée de Terre que son intervention rapide et décisive avait contribué à dégager.

 

Ces citations comportent l'attribution de la croix de guerre TOE avec 2 palmes.

 


L'Escadron de Chasse 1/11 "Roussillon"



Au retour du séjour d'Indochine, le personnel du III/6 se retrouve après un court congé de retour colonial, à Avord, pour y subir un stage VSV, puis le 25 Juin à Reims au CTF 84 F pour faire connaissance avec le pilotage des avions à réaction. Finalement le 31 juillet 1952, le III/6 est dissout et le 1er août est créé l'Escadron de Chasse 1/11 "Roussillon" premier élément de la 11ème demie brigade qui deviendra plus tard la 11ème Escadre de Chasse.

Le commandement en est confié au Cne Collin avec le Cne Passemard comme second. Le 1er novembre est créé le 2ème escadron et l'ensemble fait mouvement sur Lahr le 5 décembre pour y compléter sa dotation en matériel et attendre que la base de Luxeuil soit prête à le recevoir. C'est le 25 février 1953 que la 11ème Escadre de Chasse est officiellement créée et confiée au Cdt Le Groignec.

Le 10 juin 1953, la 11ème Escadre s'installe à Luxeuil où elle restera pendant 8 ans. Durant cette période, l'Escadron 1/11 s'efforce de maintenir et même d'augmenter son niveau opérationnel et il y arrive. Plusieurs types d'avions sont utilisés, de plus perfectionnés aux performances toujours plus grandes :

F 84 G Thunderjet, F 84 F Thunderstreak, F 100 Super-Sabre, enfin.

Mais la préparation aux manœuvres de la guerre moderne n'empêche pas le Roussillon d'être fidèle à sa tradition, d'être présent là où les ailes françaises sont au combat. Ainsi, l'escadron participe au parrainage des Escadrilles d'appui engagées à partir de 1956 dans les opérations de maintien de l'ordre en Afrique du Nord. Enfin, un détachement du 1/11 opère dans la campagne de Suez à partir de Chypre.

Et maintenant, après vingt ans d'existence dont dix passés en guerre, campagnes ou opérations de maintien de l'ordre, l'Escadron de Chasse 1/11, basé à Bremgarten, est placé à la pointe du dispositif de l'Armée de l'Air et se voit assigner les missions les plus importantes réservées aux chasseurs bombardiers.



 


La mission de Cassaigne


Si les héros du III/6 ont su, tout au long des années de guerre, faire briller leurs insignes dans tous les cieux de bataille, ils ont su aussi le faire au sol au cours de nombreuses épopées nocturnes dont nous vous relatons ici l'une des meilleures, extraite du Journal de Marche.

"Nos héros cette fois n'ont pas lutté à un contre cent dans le ciel, ils n'ont pas fait une hécatombe de pointus".

Ils ont fait mieux. Ce n'était pas en l'air, c'était au sol. Pas le jour mais la nuit.

Comme tous les grands évènements, la chose commença par un fait de minime importance : l'aspirant toubib s'en allait vers la civilisation, la vie belle, les femmes et les états-majors, nous laissant, ce sans cœur, croupir dans notre coin perdu.

Voilà la cause . Comment cette petite cause ? .... mais n'anticipons pas.

Pour célébrer le départ du toubib et noyer le chagrin, le brigadier paya une fine générale ce qui eut pour effet d'échauffer un peu le climat, puis quelqu'un (qui au juste? nul ne saura jamais) quelqu'un dit : "Il faut faire du "Cheeze" Parole fatale.

C'est ainsi quo fut décidée l'attaque à main armée de Cassaigne. Préparation rapide et efficace : la tour fournit le pistolet signaleur et un lot de fusées vertes, rouges ou jaunes. Les attaquants vont chercher leur pistolet à la maison. Pas de plan préconçu : inspiration et fantaisie sont de règle. On s'entasse dans deux jeeps et à une allure qui frise le suicide, on se rue sur Cassaigne endormie.

Premier passage avec pétarades variées. Faces ahuries dans tous les coins. Deuxième passage phares éteints, avec hurlements divers de panique, et décharge de fusées d'un effet artistique certain. Une des fusées astucieusement dirigée a failli mettre le feu à un camion dans un parc auto. Evidemment on ne peut pas tout réussir. Mais à part ce rôti regrettable, tout a très bien marché. Retour sur les chapeaux de roue. Un jeune lieutenant a l'âme encore mal aguerrie, et qui manque un peu de service, fait quelques remarques déplacées lorsque le conducteur manque le précipice d'un cheveu ; il tient à sa vie et le montre à chaque virage. Les autres fouettent, et sont de cœur avec lui, mais plus hypocrites ils affectent de trouver le voyage plaisant. A l'instant où il semble que les lois de l'équilibre soient sur le point de se renverser à notre profit, l'autre jeep corne poux nous dépasser et s'impatiente pour doubler dans le virage.

Arrivés dans Lapasset : retour du pistolet signaleur à son usage normal. Mine attristée de 15 lurons qui trouvent que décidément, toute cette affaire est bien plate. Nouvelle idée qui part comme une fusée (encore des fusées) "après Cassaigne, Lapasset" ! Adoption à l'unanimité. Il devient évident à tous que la sirène gardée jalousement par le dragon de discipline n'est là que pour servir à semer la panique dans Lapasset endormie.

Exécution, on fauche la sirène à son propriétaire avec une dérisoire et désolante facilité . Un garçon bien allant la tourne à s'en péter les jointures, dans la jeep qui roule à toute allure dans Lapasset. "Faces ahuries encore", gens en chemise sur leur porte qui grelottent (de froid ou de peur ?) et n'osent pas allumer. Pensez donc.

Puis tout se tait et la 2ème Escadrille rentre se coucher (prématurément il faut l'avouer).

Elle est bientôt réveillée par le bruit caractéristique d'une cloche qui sonne le glas funèbre à toute volée ... l'affaire rebondit.

Deux individus douteux de la 1ère Escadrille, jugeant que cette nuit n'avait pas apporté de distraction suffisamment substantielle, ont décidé secrètement de continuer cette petite plaisanterie innocente.

Ils réveillent donc le guet de la DAT (sis sur le clocher de Notre-Dame de Lapasset), qui s'affole à l'idée qu'il avait pu manquer à son devoir, et sonne le glas à toute volée pour se rattraper. Le Sergent DAT en caleçon stimule de la voix et du geste le zèle de ses adjoints. Vous avez pas entendu l'alarme non ? Espèce de c... ? etc... etc... Donc sonneries frénétiques.

Sur ce, notre aumônier s'éveille et vient apporter son précieux concours: il a indiqué à la DAT qu'il sonne la mauvaise cloche et lui montre le travail.

Maintenant ce sont les deux glas qui sonnent à toute volée. Les deux individus douteux susnommés, ayant déclenché leur affaire, se désintéressent de ce glas, désormais en bonne main, pour concentrer toute leur énergie sur une nouvelle idée qui leur est venue. Ils vont au Central, et là, l'un d'eux saisit le téléphone, demande l'officier de service des "Biffins" de Lapasset et dit "ici le Général Tartempion". Envoyez d'urgence toutes vos forces disponibles sur "Picard".

Acte inexplicable. Geste aux conséquences incalculables et dramatiques qui allait déclencher d'insoupçonnables cascades de catastrophes "bien mon Général dit un quelconque imbécile au bout du fil, comptez sur nous".

Et voilà l'avalanche qui s'ébranle. Alerte chez les "Biffins", qui se préparent fiévreusement, et à quatre heures du matin, se ruent sur les camions en direction de Picard. (détail combien savoureux, ils réveillent l'un des acteurs du "Cheeze" qui s'était paisiblement endormi, la conscience en paix. Celui-ci les engueule copieusement et très sincèrement sur ce boucan inopportun et réellement déplacé, mais les "Biffins" qui ont une haute conception de leurs devoirs, et connaissent leur métier, alertent Mostaganem et Oran.

 

Bilan de cette belle journée :

1°) - Une division entière mise sur pied de guerre, et tenue toute une nuit sur ce pied (soit vingt mille hommes)

2°) - L'alarme et l'alerte fiévreuse sur de paisibles territoires

3°) - Un échange de lettres et de télégrammes qui ont tenu les postes sur les dents jusqu'à 6 h du matin

4°) - Suivi d'un échange de jeeps porteuses de personnalités marquantes qui viennent l'une après l'autre assiéger le capitaine, commandant en second qui doit faire appel à toutes les ressources de sa diplomatie tortueuse, à tous ses trésors de mauvaise foi, pour démontrer que cette petite affaire ne mérite pas tout ce bruit et doit être classée au plus tôt.

5°) - Arrêts de rigueur en nombre encore inconnu, demandés par le général pour les têtes de l'émeute, le Général estimant que l'on ne mobilise pas 20.000 hommes pour se distraire.

6°) - Un canon de révolver gonflé à la suite d'un usage abusif, somme toute pour le prix ce n'est pas cher. Quand on ne fait pas de l'aviation, on en fait des choses qu'en même, au III/6."

 


Le Lieutenant Pierre Le Gloan



Voici, retracée en quelques pages, la vie du Ltt Le Gloan tel que le voyaient et l'appréciaient ses camarades du III/6 "Roussillon.

Dans une famille de paysans bretons, les Le Gloan, à Ploudernevel près de Guingamp, naissait un fils, Pierre, le 6 janvier 1913.

Pierre Le Gloan se tourne vers l'aviation dès son adolescence puisqu'il fut boursier de pilotage c'est à dire qu'avant d'être en âge de s'engager dans l'Armée, il entra dans une école civile d'aviation subventionnée par l'Etat.

Il reçut son brevet de pilote en 1931, à 19 ans, et termina son temps de service à Strasbourg en 1933 au 2ème Régiment de Chasse.

Rengagé au choix, il se distingue en enlevant plusieurs concours de tir, et il fut rapidement classé tireur d'élite, affecté à Reims à la 6ème Escadre de Chasse, il suivit cette unité à Chartres, où sa valeur et son aptitude à conduire une formation furent vite reconnues et sanctionnées par le brevet de chef de Patrouille qu'il obtint alors qu'il avait 23 ans.

Lorsque la guerre éclata, le Groupe de Chasse III/6 comptait parmi les pilotes de sa première escadrille, le Sgc Le Gloan qui eut bientôt l'occasion d'affirmer sa valeur en donnant au Groupe ses deux premières victoires : deux Dornier DO 17 abattus par le Sgc Le Gloan en collaboration avec le Ltt Martin. Ces appareils avec lesquels Le Gloan engage le combat en rase-mottes et dans des conditions particulièrement difficiles, constituaient pour les Morane un adversaire redoutable. Ils furent les deux seuls DO 17 rencontrés par Le Gloan : tous deux furent abattus.

Le mordant et le sens aigu du combat aérien de ce jeune pilote s'imposeront de bonne heure et il se vit chargé de conduire au combat des patrouilles lourdes de 27 appareils.

A. la fin de la campagne de France, l'Adjudant Le Gloan comptait 11 victoires homologuées. Tous ses combats seraient à citer et sont des modèles de maîtrise et de ténacité. Quelques uns sont plus caractéristiques par les résultats obtenus ou par les conditions dans lesquelles ils se développent.

Le 13 Juin 1940, le Groupe III/6 stationne au Luc, utilisait en opérations ses premiers Dewoitine 520, deux jours plus tard, le 15 de nombreux chasseurs ennemis étaient signalés se dirigeant vers le terrain, et la patrouille d'alerte, Cne Assolant, Cne Jacobi, Adt Le Gloan

recevait l'ordre de décoller.

Les pilotes courent à leurs avions, sautent sur l'aile, enjambent la cabine ... contact ... les moteurs grondent.

Les trois Dewoitine quittent le sol, Le Gloan n'a pas pris le temps de se munir de son parachute. Peu après avoir décollé, le Cne Jacobi se repose, son changement de pas d'hélice fonctionne mal. Le Gloan et Assolant partent donc seuls intercepter la formation Italienne.

 [..]... à Le Gloan un demi tonneau involontaire, néanmoins il rattrapa dans son collimateur l'appareil qu'il poursuivait et l'abattit, puis sans palonnier il fut assez adroit pour échapper aux autres et ramener son appareil sérieusement endommagé au terrain où il se posa sans incident.

Après L'Armistice Le Gloan demeura au service de la France, il fut un exemple et un instructeur de valeur pour les jeunes pilotes du Groupe.

Il reprit le combat en Afrique du Nord avec le Groupe qui y était engagé en "Coastal Command". Il nous disait souvent la confiance absolue qu'il accordait à la mécanique et de fait en temps de paix, comme en temps de guerre, il ramenait au terrain et posait toujours avec le minimum de dégâts les appareils le plus sérieusement endommagés.

Le 11 septembre 1943, à 8 heures 20, date et heure de l'anniversaire de la mort de Guynemer, l'appareil piloté par le Ltt Le Gloan percutait, à la suite d'une panne moteur à Oullis, entre Mostaganem et Alger.

Partant pour une mission de protection d'un convoi allié en Méditerranée, il avait annoncé par radio les troubles moteur de son Airacobra, mais n'avait pas envisagé une seconde le saut en parachute, pensant une fois de plus ramener son appareil au terrain.

Mais cette fois la mécanique le trahit.

Il nous fut tout d'abord impossible de croire la nouvelle rapportée par son équipier : Le Gloan, Victorieux toujours et toujours rentrant au terrain, quelque put être l'état de son avion ... pourtant.

L'évidence était là : le Ltt Pierre Le Gloan entrait dans la légende des Ailes Françaises, mais sa perte créait un vide au Groupe et dans nos cœurs. Nous l'avons connu au Groupe et n'oublierons jamais outre sa classe de pilote, le bon sens de ses jugements, sa simplicité et son étonnante modestie qui lui avait gagné toute notre affection.

 


Citation à l'ordre de L'Aviation française de l'Adjudant Le Gloan du GC III/6

Citation du 15 juin 1940 :

Sous officier de la plus haute valeur morale et professionnelle. Pilote de Chasse d'une valeur exceptionnelle.

Attaqué avec un seul équipier une formation de 12 chasseurs ennemis.

A abattu 3 d'entre eux en moins d'une minute de combat. Rappelé au terrain par son Commandant de Groupe a abattu un chasseur ennemi qui venait de mitrailler le terrain.

S'est lancé après cette quatrième victoire à la poursuite d'un avion de reconnaissance et l'a abattu en flammes. Ces cinq victoires, exploit peut être sans précédent, ont été remportées en moins d'une demi heure.

Le Général Villemin

Commandant en Chef des Forces Aériennes

Signé: Villemin.

 


Citation à l'ordre de L'Aviation française du Lieutenant Le Gloan du GC III/6

 Officier alliant les plus belles vertus militaires aux dons les plus exceptionnels de chasseur aussi heureux dans le combat, que modeste dans la victoire.

S'est couvert de gloire, dès le début de la guerre, en abattant tout seul, cinq avions ennemis en un même vol. A remporté au total 21 victoires, dont 18 homologuées et 16 en combat singulier.

11 citations dont 10 à l'ordre de l'Armée.

Est tombé à son poste de pilote, le 11 septembre 1943, à la date et l'heure, anniversaire de la mort de Guynemer.

Leur souvenir restera indissolublement lié dans la légende des Ailes Françaises.



 


Victoires aériennes

- Ltt Le Gloan 2 D0 17 - 3 HE 111 - 3 Fiat BR 20 - 4 Fiat CR 42 - 3 Hurricane - 4 Gladiator

- Cne Richard 3 Hurricanes - 1 P 40 - 1 Gleen

- Adt Mertzisen  4 Gladiator - 1 Hurricane - 1 DO 17

- S/Lt Steunou 1 D0.17 - 1 HE 111 - 3 Hurricane

- Adt Goujon 3 HE 111 - 2  Fiat BR 20

- Cne de Rivals 4 Gladiator

- Ltt Martin 2 D0.17- C 2 HE 111

- Sgt Mequet 4 Gladiator

- Sgt Chardonnet 4 Gladiator

- Sgt Emlinger 4 Gladiator

- Ltt Legrand 1 HE 110 - t HE 111 - 1 Hurricane

- Sgt de Gervillers - 3 HE 111

- Sgt Macia 3 Hurricane

- Ltt Colonge 2 HE 111

- S/Lt Satge 2 Hurricane

- S/Lt Villemin 1 D0.17 - 1 HE 111

- Sgc Boymont 2 D0.17

- Sgt Maigret 1 HE 111 - 1 D0.17

- Sgt Coisnau 2 Hurricane

- Cne Assolant 1  FIAT CR 42

- Ltt Rivory 1 P 40

- Ltt Sauvage 1 D0.17

- Ltt Kayonick 1 JU.88

- Adt Balmer 1 P.40

- Sgc Le Guennec 1 HE 111

- Sgc Montribot 1 Hurricane

- Sgc Ghesquière 1 Hurricane

- Sgc Le Bras 1 DO 17

- Sgc Loi 1 Hurricane

- Sgc Colcomb 1 D0.17

- Sgc Farriol 1 HE 111

- Sgt Michaud 1 P 40

- Sgt Gauthier 1 D0.17

- Sgt Hardoin 1 HE 111

- Sgt Gabard 1 HE 111

- Sgt Trinel 1 HE 111

- Sgt Bartesil 1 Hurricane

- Sgt Pimont 1 HE 111

 


Commandants du Groupe de Chasse III/6 "Roussillon" et de l'Escadron 1/11 "Roussillon"

Cne de Place

Cdt Stehlin

Cne de Rivals

Cdt Geille

Cne Naudy

Cdt Destaillac

Cdt Viguier

Cdt Labit

Cdt Clausse

Cdt Nodet

Cdt Motte

Cne Salès

Cne Collin

Cne Passemard

Cne Prevost

Cne Radisson

Cne Gimbert

Cne Mahlberg

Cne Azimont

Cne Frappier